Enseignement du Père Lienard n°2

« Tu as du prix à mes yeux… et je t’aime »

Le prix désigne la valeur d’un bien ou d’un service. Le prix est exprimé généralement en unité monétaire. Il est la valeur qu’une personne paye en contrepartie de la cession d’un bien ou d’un service. Le vocabulaire monétaire est riche : avoir, billet, blé, capital, espèces, finances, flouze, fonds, fortune, fric, monnaie, pognon, oseille, thune… Tout en assumant l’idée financière, L’Apôtre Paul nous oriente vers une autre réalité.
Dans sa première lettre aux Corinthiens (6, 19-20), saint Paul redit avec force : « Ne le savez-vous pas ? Votre corps est un sanctuaire de l’Esprit Saint, lui qui est en vous et que vous avez reçu de Dieu ; vous ne vous appartenez plus à vous-mêmes, car vous avez été achetés à grand prix. Rendez donc gloire à Dieu dans votre corps. »
La consultation du mot « prix » dans mon VTB (Vocabulaire de Théologie Biblique), sorte de dictionnaire, renvoie aux mots « justice », « Rédemption » et « rétribution ». Dans la mesure où le « slogan » de notre pèlerinage des Pères de Famille est une citation de l’Ancien Testament (on peut dire – et c’est mieux – Premier Testament), nous regarderons d’abord cette notion de prix selon cette partie des Écritures.

Dans le premier testament

Le croyant, pratiquant la Loi, est bénéficiaire de mérites et de prospérité. Le prix d’une bonne pratique de la Loi se décline selon les mots suivants : vie, justice, gloire et bénédiction.
On pressent immédiatement un danger. A trop lier justice, prix et observance de la Loi, on tombe vite dans un légalisme stérile. L’automatisme qui ferait que le prix payé par Dieu pour une vie morale et légale exemplaire exclurait, de fait, la foi.

Or, le Premier Livre des Martyrs d’Israël (2, 52) rappelle : « Abraham a montré sa foi dans l’épreuve, et c’est pourquoi il fut reconnu comme juste. » La foi est ici célébrée comme un moyen de plaire à Dieu. Le prix de cette foi est la réalisation de la promesse (Genèse 15, 1-6) :

Après ces événements, la parole du Seigneur fut adressée à Abram dans une vision :
« Ne crains pas, Abram ! Je suis un bouclier pour toi. Ta récompense sera très grande. »

Abram répondit :
« Mon Seigneur Dieu, que pourrais-tu donc me donner ? Je m’en vais sans enfant, et l’héritier de ma maison, c’est Élièzer de Damas… »

Alors cette parole du Seigneur fut adressée à Abram :
« Ce n’est pas lui qui sera ton héritier, mais quelqu’un de ton sang. »

Puis il le fit sortir et lui dit :
« Regarde le ciel, et compte les étoiles, si tu le peux… »

Et il déclara : « Telle sera ta descendance ! »
Abram eut foi dans le Seigneur et le Seigneur estima qu’il était juste.

Enfin, le croyant vétérotestamentaire (de l’Ancien Testament) est confronté à la question du mal. Quel est le prix ou la récompense de la bonne vie menée par les prophètes mis à mort ? Que penser des « jérémiades » de Jérémie ? Des interrogations dramatiques de Job et du pessimisme de L’Ecclésiaste (ou Qohélet, 7, 15) : « J’aurai tout vu au long de mes jours incertains : et le juste périr malgré sa justice, et le méchant tenir malgré sa méchanceté. » Où est la récompense, le juste prix de la mission accomplie ?

Jésus

Parmi les titres qu’on donne à Jésus et qui disent son identité comme sa mission, il y a celui de Rédempteur. La notion de « rédemption », acte de libération, est proche aussi du concept « d’acquisition » et « d’achat ». La Bible rattache ces notions à celle de salut : libération de la servitude égyptienne et constitution du Peuple. Le Christ va plus loin encore. Jésus est le Rédempteur en tant qu’il nous « rachète » de la mort et qu’il purifie son nouveau peuple.

Le prix du don volontaire et libre de Jésus (la Passion), par amour, au terme de sa vie sur la terre, est la résurrection ! LA VIE ! La vie en plénitude ! Il faut assumer une défaite aux yeux des hommes pour manifester la victoire sur la mort.

Pour l’évangéliste saint Jean, la rédemption est essentiellement un mystère d’amour. Amour du Père d’abord : « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique » (Jn 3, 16). Amour du Fils pour le Père : « il faut que le monde sache que j’aime le Père, et que je fais comme le Père me l’a commandé » (Jn 14, 31). Amour du Fils pour l’humanité : « Voici comment nous avons reconnu l’amour : lui, Jésus, a donné sa vie pour nous » (1 Jn 3, 16). Si toute la vie de Jésus est « amour pour les siens », la Passion manifeste son amour qui va jusqu’au bout : « Avant la fête de la Pâque, sachant que l’heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout » (Jn 13, 1).

Cet amour inconditionnel et universel n’a d’autre but que de se donner. « Un tel amour ne peut rester sans réponse. Même donné de manière unilatérale, c’est-à-dire sans rien demander en échange, il enflamme cependant tellement le cœur que n’importe qui se sent porté à y répondre malgré ses propres limites et péchés. Et cela est possible si la grâce de Dieu, sa charité miséricordieuse sont accueillies, autant que possible, dans notre cœur, de façon à stimuler notre volonté ainsi que nos affections à l’amour envers Dieu lui-même et envers le prochain. » (Message du pape François pour la première Journée mondiale des pauvres, 13 juin 2017 ; publié dans Réformer l’Église, Bayard, 2018, p. 321-322).

Nous avons une valeur inestimable aux yeux de Dieu

La valeur d’un billet de banque ne dépend pas du prix du papier et de l’encre qui le composent, mais de l’autorité qui l’a conçue et de la somme qui y a été imprimée. 

De la même façon, notre valeur humaine et spirituelle ne dépend pas de nos qualités personnelles (physiques, intellectuelles, académiques, relationnelles, professionnelles ou sociales), mais bien de ce que Dieu peut « imprimer » en nous lorsque nous entrons dans une relation de foi avec Lui : « C’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, et par le moyen de la foi. Cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu » affirme saint Paul (Ep 2, 8). Dieu porte sur chacun de nous un regard d’amour et d’espérance.
Le baptême est un sacrement à caractère : il imprime de manière indélébile notre filiation divine. Ainsi nous pouvons accueillir à titre personnel ces paroles de Dieu destinées à Jérusalem : « Une femme peut-elle oublier son nourrisson, ne plus avoir de tendresse pour le fils de ses entrailles ? Même si elle l’oubliait, moi, je ne t’oublierai pas. Car je t’ai gravée sur les paumes de mes mains » (Is 49, 15-16). Nous avons vraiment du prix aux yeux du Père et il n’oublie aucun de ses enfants.

Et pour nous, aujourd’hui ?

  • Dans ma vie d’homme et de croyant, qu’est ce qui a du prix à mes yeux ?
  • Qu’est ce qui me coûte dans la vie personnelle, religieuse, conjugale, paternelle, professionnelle ?
  • Comment résonne en moi les mots de saint Paul : « vous avez été achetés à grand prix. Rendez donc gloire à Dieu dans votre corps » (1Co 6, 20) ? Qu’est-ce que cela implique pour moi ?
  • Comment puis-je témoigner que j’ai du prix aux yeux de Dieu ?
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